Terre-paille

L’écoconstruction en terre/paille

Le mélange terre-paille est l’héritier du torchis qui sertissait, entre autre, nos maisons à colombage. En revanche, là où il se dissocie du torchis, c’est dans la proportion de ses deux composantes :

Le terre-paille a vocation à être léger et présente un taux d’argile beaucoup plus faible que le torchis. Dans cette préparation de terre allégée, l’argile n’est utilisée que pour maintenir les brins de paille entre eux. Ceux-ci sont détrempés dans une barbotine de terre et égouttés naturellement en respectant préférablement un délai de 12 heures avant utilisation.

Étant donné la nature des matériaux, il va de soi que la réalisation du terre paille ne peut commencer qu’une fois la toiture en place. La raison évidente à cela est que le risque de pluie ou d’orage serait trop fâcheux pour la bonne tenue du complexe.

Petit historique

La technique du terre-paille serait apparue en Allemagne après la première guerre mondiale. L’austérité et la nécessité de reconstruire le pays à cette époque ont mené à cette solution peut gourmande en matière première. A la fin de la seconde guerre mondiale, cette technique ayant déjà fait ses preuves, elle fût rapidement réhabilitée pour prévenir l’embargo sur les produits pétroliers imposé par les alliés.

C’est ainsi que l’Allemagne, pionnière malgré elle, mit au point des normes constructives nationales incluant le terre-paille. Elle considéra logiquement que c’était une technique de construction fiable et ayant fait ses preuves.

Comment est-il mis en œuvre ?

Terre-paille banché

Le terre-paille est principalement banché. C’est-à-dire qu’il est déposé en sandwich entre deux plaques de bois vissées à l’intérieur et à l’extérieur de l’ossature. Une fois dans les banches, il est compacté manuellement ou à l’aide d’un pilon pour permettre à tous les brins de paille de s’unir entre eux. La barbotine d’argile permettra ensuite la cohésion de ces brins et la rigidification de l’ensemble.

Terre-paille préfabriqué

Une autre technique consiste à préfabriquer des panneaux de terre et de paille compressés de 15 cm à 20 cm d’épaisseur. Une fois sec, ces panneaux sont ensuite « maçonnés » contre la surface à habiller.

La particularité de la technique consiste à s’assurer d’utiliser une terre suffisamment argileuse pour permettre la liaison des brins de paille entre eux. Il est recommandé d’utiliser une argile pauvre en sable et en gravier puisque la paille fera office de charge.

Le terre-paille s’emploie indifféremment pour les murs de la maison ou les cloisons intérieures.

Les qualités du terre-paille

Isolation thermique

Riche en paille et aéré, le terre-paille est un matériau générant une isolation thermique honorable : R=3,7 pour 30 cm de mur compacté à 260 kg/m².
Le système de banchage permet d’intégrer cette isolation directement dans la structure du mur. Cela évite d’avoir deux postes spécifiques : Un à la construction et un à l’isolation.
Malheureusement, cette isolation a une limite qui est l’épaisseur maximale du mur. En effet, si le mur est trop épais il ne séchera pas à cœur et cela engendrera la fermentation et le pourrissement de la paille. C’est pour cette raison de séchage qu’une mise en œuvre en été et une épaisseur conseillée de 30 cm est à respecter.
Au contraire de la construction en botte de paille, le terre-paille n’a pas de déficit d’inertie. La terre crue représentant une très bonne masse inertielle, ce complexe est très adapté pour faire face aux canicules d’été. En hiver, il emmagasinera les calories de notre chauffage pour nous restituer une ambiance thermique agréable.

Isolation phonique

La composition fibreuse du terre-paille restitue parfaitement l’effet de masse-ressort-masse propre une bonne isolation phonique.
En cloison, il est une garantie de tranquillité. Surtout habillé d’une bonne couche d’enduits de part en part.

Coût

Le prix au mètre carré de cette solution est certainement la raison qui commencera par motiver les plus rétifs.
Si le terrain de construction est assez argileux, on recyclera la terre du terrassement pour notre chantier. L’argile utilisée pourra donc être « gratuite ». La paille, elle, viendra des exploitations agricoles alentours et restera, en théorie, à un coût très raisonnable.

En revanche, ce qu’il ne faut pas oublier d’intégrer dans les calculs, c’est le coût du travail humain.
Comme toutes les transformations de matériaux bruts, la réalisation et la mise en œuvre du terre-paille est très gourmande en énergie humaine et en temps. Il faudra compter environ 1,6 m² de mur par jour et par personne. Cette estimation comprend le coffrage, le mélange, le remplissage, le décoffrage, l’échafaudage. C’est un facteur à considérer sérieusement dans les calculs car on n’a rien sans rien.

Planéité des banchages

Par rapport à une maison en paille classique, le banchage en terre-paille offre des surfaces murales planes. Cela permet de contrôler et de réduire l’épaisseur d’enduit final. Cela permet ainsi des finitions plus soignées.

Par-contre, ce gain de temps et de matière reste à contrebalancer avec la rapidité de mise en œuvre de la construction en ballots de paille.

Temps de séchage

Comme mentionné plus haut, respecter le temps de séchage est primordial pour éviter les pathologies liées au pourrissement de la paille.

Il est suggéré d’attendre au moins trois mois avant d’attaquer les deux premières couches d’enduit extérieur (couche d’accroche et de dressage). Trois mois supplémentaires avant de se mettre aux enduits intérieurs. Pour la couche de finition extérieure on laissera idéalement passer une année entière. Ainsi, les matériaux finiront totalement leur travail et leur séchage.

Pour conclure

Le terre-paille est une technique de construction écologique remarquable. Avec un bilan carbone quasi nul et un coût comparativement dérisoire. Il peut se vanter d’être une réponse ultra fonctionnelle à toute démarche de construction environnementale.

La maison en bottes de paille manque principalement d’inertie et les murs en pisé ne sont pas vraiment isolants. Qu’à cela ne tienne, les murs allégés en terre-paille forment un excellent compromis entre l’isolation et l’inertie. Le tout sans se priver de la perspirance qui est un facteur clé de confort thermique aujourd’hui.

Du bois, de la terre et de la paille. Trois matériaux accessibles et bio sourcés ; il faudrait être têtu pour s’en passer

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer