Terra preta

Si l’on recherche la société qui a eu la plus longue durée de vie, la civilisation qui s’est développée dans la région de l’Amazone est rarement citée.  S’étant pourtant développée durant 6.000 ans d’occupation ininterrompue, aucune autre civilisation ne fut plus durable. Disparue dans le silence des maladies apportées par les conquistadores, elle n’a que le nom,  il y a peu encore mythique, donné par ses découvreurs occidentaux : l’Eldorado.

Amérique discrète

Il semble que les routes des Amériques aient toujours été connue. Depuis les sculptures olmèques aux masques de la culture Tumaco – La Tolita, de nombreuses représentations d’africains, d’européens et d’asiatiques sont présentes sur le sol américain.


Des traces de tabac et de cocaïne, deux plantes américaines, relevées dans des momies égyptiennes, de mème que ce bateau transatlantique retrouvé au pied de la pyramide de Khéops, prouvent des contacts mutuels.

Les templiers, recueillant des cartes anciennes, ont très probablement utilisé ces connaissances pour, au départ du port de La Rochelle, entreprendre un fructueux commerce avec l’autre rive. Ces énormes bénéfices ont été investis dans des immenses chantiers comme ceux des constructions des cathédrales, tous interrompus quelques semaines après l’interdiction de l’ordre par Philippe-le-Bel. La veille de l’arrestation des templiers, 17 ou 18 navires de cette flotte a appareillé pour une destination dont le Portugal est en tête de liste. L’ordre n’ayant pas été interdit dans ce pays.

Port discret sur l’Atlantique, La Rochelle

La découverte

Christophe Colomb aurait été Salvador Fernandes Zarco, noble illégitime natif de la ville de Cuba au Portugal, et petit-fils d’un ancien navigateur portugais découvreur de l’archipel de Madère. Il épouse en 1479 la fille du capitaine-gouverneur de Porto Santo à Madère, en plein océan Atlantique, avec qui commença la colonisation de l’archipel en 1425. Christophe Colomb se perfectionne alors dans les sciences de la navigation, son frère étant cartographe à Lisbonne, mais aussi avec les cartes plus discrètes que son mariage lui avait permis de consulter; comme à la plus grande bibliothèque de l’époque, celle de Coimbra. Muni de ses portulans, cartes anciennes, celles des vents et des courants, des récits et de moyens venus des templiers portugais, tout ces éléments ont convaincu le puissant royaume Espagnol d’investir dans l’aventure. Trois caravelles ornées de la croix des Templiers, portée en signe de reconnaissance pour les peuples des Amériques, initia la conquista de América.

Azulejo de Bucaco

Le 5 août 1495, Christophe Colomb recevait une étrange lettre du Cosmographe Royal Jaume Ferrer de Blanes. Ferrer écrivait pour informer Colomb de ses découvertes dans le Nouveau Monde, et en particulier de l’apparente corrélation entre “de grandes et précieuses choses” et ”des régions chaudes habitées par des populations à la peau foncée”. Il ajoutait que “en conséquence, selon mon opinion, tant que votre seigneurie n’aura pas rencontré ces populations, elle ne pourra pas trouver en abondance ces précieuses choses”. L’or étant dès son arrivée son objectif, lors de son autre traversée de l’Atlantique, Colomb mis le cap sur l’équateur, découvrant ainsi l’Amérique du Sud.

Cinquante ans plus tard, les Européens ayant conquis les royaumes Aztèque, puis Inca, étaient tout aussi affamés d’or, d’argent et de cannelle. En 1540, Gonzalo Pizarro arrive à Quito en tant que Gouverneur et est chargé par son frère Francisco Pizarro d’organiser une expédition à l’intérieur des terres. Les mythes de l’existence du Pays de la Cannelle, qui valait alors en Europe plus chère au poids que l’or, et d’un fabuleux territoire s’étaient répandus, et les conquistadors espagnols rêvaient de découvrir ce mystérieux Eldorado. Gonzalo Pizarro demande donc à Francisco de Orellana de l’accompagner dans son expédition vers l’est.

Francisco de Orellana

Gonzalo Pizarro réuni à Quito une troupe composée de 220 espagnols et 4000 indiens. Pendant ce temps, Francisco de Orellana se charge de rassembler d’autres hommes à Guayaquil et d’obtenir des chevaux. Tous vont se rassembler au mois de Mars 1541 dans la vallée de Zumaco pour entreprendre la périlleuse expédition.

Les expéditionnaires arrivent sur les rives de la rivière Coca fin juin 1541 où ils font la rencontre des Indiens Omagua dont le chef leur servira de guide. Mais le temps passe et rien n’indique aux espagnols qu’ils s’approchent du Pays de la Cannelle ou de l’Eldorado. On est en décembre, depuis leur entrée dans la jungle, le mauvais temps a commencé à saper la santé des expéditionnaires, et nombreux sont les hommes qui meurent de faim ou sous les attaques des tribus belliqueuses.  La nourriture est devenue rare et ils ont même été forcés de manger les chevaux, l’expédition a perdu plus de 100 espagnols et plus de 3000 indiens, dont les survivants sont donné comme nourriture aux molosses qu’ils ont gardés jusqu’au bout.

Francisco de Orellana ne veut pas revenir sur un échec à Quito et fait construire un bateau pour descendre la rivière afin  d’aller chercher des vivres avec 60 hommes. Après de nombreux jours de navigation, ils ont trouvé un village sur le fleuve Napo et ont satisfait leur faim. Mais ils ne peuvent remonter  la rivière et Orellana décide de construire une nouvelle embarcation, le Victoria, et envoie un message à Gonzalo Pizarro. Mais ce dernier avait déjà commencé la route du retour vers Quito avec les 80 hommes restant, sans provisions, en traversant à nouveau l’immensité de la jungle et les montagnes glacées des Andes.

Francisco de Orellana entreprend alors un voyage fantastique de 4800 kilomètres, voguant pendant 7 mois sur les eaux du Napo, du Trinidad, du Rio Negro et de l’Amazone, pour arriver jusqu’à l’embouchure de l’immense fleuve le 26 août 1542.

Au cours de ce voyage, Orellana va perdre 13 hommes sous les flèches des Indiens et à cause des maladies et de la faim. C’est au cours d’une de ces batailles, le 24 juin, que Fray Gaspar de Carvajal, le chroniqueur de Francisco de Orellana, affirme qu’ils ont été combattus par des Indiens dirigés par des femmes nues, blanches et musclées, très féroces, comme celles dépeintes dans la mythologie grecque, les fameuses Amazones qui allaient donner leur au grand fleuve qu’il était en train de découvrir. Mais certains diront que l’équipage a sans doute était attaqué par des Indiens aux cheveux longs.

Une fois arrivé au delta de l’Amazone, Orellana et les 47 survivants de l’expédition sont bien accueillis par les indigènes habitués à rencontrer des Espagnols et des Portugais. Le reste de l’expédition se dirige alors vers le Venezuela, atteint en septembre 1542, puis l’Espagne pour faire part de la découverte de ces nouvelles terres qu’il baptisa Nueva Andalucía. Mais en arrivant en Espagne, on veut le juger pour avoir abandonné Gonzalo Pizarro. Cependant, Orellana réussi à convaincre ses juges qu’ils ne pouvaient rien faire contre la force des flots et qu’ils n’avaient pas eu d’autre choix que de suivre le cours du fleuve.

Rendant compte de son aventure à la Cour d’Espagne, Orellana décrivit le système agricole très perfectionné des Indiens, la densité de population et le mélange de fermes isolées et de villages ceints de murs. Ne voyant que les richesses des amérindiens et désirant connaître l’origine des métaux précieux portés par les hommes de haut rang, le Roi et la Cour financèrent une seconde expédition qui prend la mer à Cadix le 11 mai 1545 avec quatre navires, 200 soldats d’infanterie et 100 cavaliers. Arrivé à l’embouchure de l’Amazone, ayant déjà perdu trois bateaux, les survivant sont soumis à la faim, les maladies et les attaques des indigènes. Ce fut un échec complet, hommes et embarcations furent perdus dont Francisco de Orellana mort dans les bras de sa femme.

Il fallut que 91 années passent, jusqu’en 1637, pour qu’une nouvelle expédition fut conduite par le capitaine Pedro de Teixera qui ne retrouva aucune trace de ce qu’Orellana avait décrit. Teixera ne rencontra qu’un désert vert. Il ne trouva aucun village d’importance et encore moins de traces d’une civilisation particulière. Ou bien Orellana avait menti, ou bien des millions de gens et leur mode de vie avaient disparu en moins d’un siècle. Le monde étonnant des Amazoniens fut relégué au rang de mythe.

Le mystère se dévoile

Les années passèrent et le bassin de l’Amazone fut considéré comme une région dépourvue d’intérêt et de richesse. En 1870, un explorateur et géologue américain, peu connu, remarqua que le long des sols acides typiquement gris du bassin amazonien existaient des espaces entiers de sols “noirs et très fertiles”. Des groupes de chercheurs vinrent pour analyser la mystérieuse terre noire, ou terra preta comme on l’appelait localement, et conclurent que “cette terre doit sa richesse aux dépôts de milliers de restes de cuisines pendant des milliers d’années sans doute”.

Terra preta, avec ses éclats de céramique. [Source: NatGeo’s video “Superdirt Made Amazon Cities Possible?”]

La transformation de cette terre était-elle le fait d’humains ayant habité ces régions ? Orellana aurait-il dit la vérité ? Pour beaucoup de gens ces suppositions étaient ridicules. Des archéologues réputés, reprenant l’argument selon lequel les sols pauvres ne pouvaient pas retenir les nutriments nécessaires au développement agricole de sociétés complexes. Affirmant qu’un village de plus de 1000 habitants n’aurait pas survécu.

D’autres chercheurs découvrirent des indices d’une civilisation perdue “ils ont des mots décrivant des plantes domestiques existant depuis 2000 ans”. Les analyses archéologiques ont confirmé la corrélation entre les sites de terra preta et les civilisations décrites jadis par Orellana au XVIe siècle. Bien plus, la présence de tessons de poterie et de déchets végétaux et animaux dans ces sols démontre qu’ils sont le produit d’une action humaine. Grâce au soin particulier apporté à leur manière de cultiver les sols pendant des siècles, les peuples d’Amazonie furent capables de compenser les limites de leur environnement naturel, créant ainsi un système agricole capable de nourrir probablement des millions d’habitants.

En se basant sur des preuves linguistiques et sur des vestiges de poteries, le territoire au confluent de l’Amazone, du Rio Negro et du fleuve Madeira était le centre d’une vaste civilisation très avancée s’étendant du Brésil aux Caraïbes. Son déclin rapide a été principalement expliqué par les maladies du vieux monde apportées par les Espagnols qui se sont répandues et contre lesquelles les Amérindiens n’avaient pas d’immunité.

Carte montrant où l’on sait actuellement que l’on trouve de la Terra Preta [Source : Clement et al 2015 «La domestication de l’Amazonie avant la conquête européenne »]

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