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Dévorer sa propre jeunesse, le dernier chapitre et les communautés qui durent

En relisant mes classiques, je retombe sur des articles de Dmitry Orlov, qui a déjà un article de ce blog, datant de novembre et décembre 2017. Depuis il a préféré s’installer en Russie, ne souhaitant pas vivre ce moment au USA.
Comme c’est un peu long, j’ai dur de couper dans ce texte, j’ai souligné en orange, le plus important, à mes yeux.

Dévorer sa propre jeunesse


Par Dmitry Orlov – Le 30 novembre 2017 – Source Club Orlov

C’est un peu déconcertant quand vous essayez, encore et encore, et que rien ne semble fonctionner. Les gens te regardent et se demandent ce qui ne va pas chez toi : pourquoi ne peux-tu pas être moins sanguin et arrêter de pousser le même rocher sur la même colline tous les jours ? Si vous pensez que vous avez raison mais que rien ne fonctionne, alors quelqu’un doit avoir tort. Est-ce vous, ou est-ce le reste de l’univers ? Ou est-ce juste de la malchance ? Et le succès temporel et mondain importe-t-il réellement ?

Après tout, un échec est souvent beaucoup plus éclairant et instructif qu’un succès, et certaines personnes parviennent à jouer un rôle parfaitement productif dans la société en échouant devant tout le monde. Et tout expérimentateur vous dira qu’une expérience qui aboutit à un échec est généralement beaucoup plus reproductible qu’une expérience qui aboutit à un succès. Et montrer comment quelque chose ne fonctionne pas est souvent un bon moyen de pointer la direction vers autre chose qui pourrait réussir. Et le processus d’échec peut être parfaitement agréable − à condition de ne pas viser trop haut − parce que la pénibilité d’un échec est surtout une question d’échelle. Être en échec peut même vous rendre populaire, parce que la plupart des gens sont plus prêts à dénigrer qu’à admirer. L’admiration a un potentiel limité si l’objectif est de se sentir suffisant, omniscient et généralement supérieur.

Prenez-moi comme exemple. Je pousse dans une direction particulière depuis un certain temps maintenant. Il y a trois ans, j’ai publié, en collaboration avec des contributeurs partageant les mêmes idées, « Communities that Abide » une collection d’articles décrivant des exemples et des pratiques exemplaires de collectivités résilientes. Il a été établi que pratiquement aucune des initiatives actuelles visant à former des communautés durables et résilientes ne fonctionne réellement. Cela a inspiré deux autres personnes qui ont commencé à penser dans le même sens. Tout d’abord, Rob O’Grady a écrit « 150-Strong » qui définit un cadre conceptuel pour la construction de communautés d’une taille correspondant au nombre de Dunbar. C’est très utile pour ceux qui veulent réfléchir sur le sujet et savoir par eux-mêmes ce qui peut ou ne peut pas fonctionner, et pourquoi. Ensuite, Greg Jeffers a écrit « Prosperous Homesteading » qui décrit sa propre expérience de la construction d’une ferme prospère et autosuffisante. J’ai édité et publié ces livres, en espérant que toute la collection aidera à lancer un processus de formation communautaire durable.

Ce n’est pas le cas. Récemment, Greg, Rob et moi avons comparé nos impressions. Greg a prospéré dans son « homestead » mais il n’a pas réussi à établir une communauté viable autour de lui, au milieu d’autres communautés établies depuis longtemps qui prospèrent et grandissent. Greg, qui est au Kentucky, a écrit :

« Ce que nous n’avons pas, ce sont des gens intéressés à avoir des enfants et à travailler en coopération les uns avec les autres, de manière compétitive avec le monde dans son ensemble. Nous avons eu beaucoup de visiteurs. Nous n’avons eu aucun acteur. Et puis, il m’est venu à l’esprit : tous nos visiteurs étaient sans enfants, célibataires, des féministes, des prêcheurs de vertu, mais pas un seul couple avec un homme ayant assez de testostérone pour engendrer un enfant. Au bout du compte, ces gens ont rejeté l’idée de vivre en accord avec leur système de croyance et sont retournés poster leurs démonstrations de vertu sur Facebook en buvant des lattes au soja … Ma conclusion est qu’il est impossible de construire une communauté sans l’engagement des membres de la communauté envers la famille et les enfants. Voici une expérience de pensée : Imaginez un petit paradis insulaire tropical colonisé par un groupe de la taille du nombre de Dunbar, des intellectuels collectivistes sans enfants, autodidactes. Demandez-leur à tous de tenir des journaux détaillés ; revenez ensuite dans 40 ans et lisez les notes dans les journaux des 15 derniers survivants. Que pensez-vous que ces notes vont dire ? »

Rob, pendant ce temps, a déménagé avec sa famille dans l’île du Sud en Nouvelle-Zélande et vit, non pas hors-sol, mais sur la terre, entouré de diverses communautés de personnes qui essaient de faire quelque chose de similaire. Il a de bonnes chances de réussir : il a déjà eu une expérience positive en ayant construit une communauté de la taille du nombre de Dunbar sous la forme d’une entreprise de construction couronnée de succès, et il a des ressources autour de lui, y compris de bonnes terres agricoles, des familles et des enfants. Son approche est éclairée, en partie, par une compréhension de la culture maorie indigène et sur la façon dont ces éléments sont propices à la formation de communautés stables avec de plus une bonne gérance de la terre. Il a écrit :

« J’ai vu beaucoup de « woofers » (des travailleurs volontaires dans des fermes biologiques − un programme de bénévolat pour les voyageurs) qui sont passés par la ferme de mes parents. La plupart étaient plutôt inefficaces, et il y avait des types idéalistes que Jeff semble avoir également rencontrés. Le gars du coin qui vient maintenant pour aider à couper l’herbe dans les vergers fait le travail de six woofers. J’ai vu dans notre activité de construction, cependant, qu’il y avait des gens du coin qui se frayaient un chemin vers nous quand il y avait quelque chose de compatible avec leurs besoins … Pour mon effort, toujours en phase de germination, j’accumule de l’expérience avec ce qui existe déjà ici. Il y a déjà des communautés correspondant au nombre de Dunbar. La question que je me pose est la suivante : Quel est le seuil au-delà duquel une communauté assume une identité semblable à celle d’une tribu ? »

Quant à moi … je connais un couple dans notre village. Lui est actuellement en prison, pour des crimes contre des biens plutôt insignifiants (une folie de jeunesse) ; sa fiancée termine son cursus sans frais de scolarité en médecine vétérinaire. Ils se sont rencontrés sur Internet pendant qu’il était en prison. Quand elle sera diplômée et qu’il sortira, ils se marieront, emménageront dans leur village ancestral et commenceront un projet de « homesteading ». Son père va bien sûr leur donner des conseils et tous les porcelets qu’ils pourront gérer. Il parle aussi d’une vache. Il n’y a pas de pénurie de terres ; la terre est à celui qui la prend. En fait, il n’y a aucune pénurie. Il y a tellement de foin coupé et mis en balles juste pour garder la terre dégagée − que les greniers à foin sont pleins à craquer et que les balles excédentaires pourrissent dans les champs. Ce qui manque, c’est le manque de bras, à cause de l’attrait des lumières de la ville. Néanmoins, beaucoup de jeunes couples font la même chose ici et ailleurs. Si vous voulez faire du « homesteading » allez-y ; personne ne va vous arrêter. Qui plus est, le gouvernement vous donnera parfois même des terres gratuites et de l’argent pour vous aider à démarrer, et même parfois il vous fournira un accès routier, une couverture de téléphonie cellulaire et un accès Internet mobile 4G. Cela se passe en Russie, où, d’ailleurs, je n’ai rencontré aucun prêcheur de vertu et les féministes sont plutôt difficiles à repérer ; les femmes ici aiment que leurs hommes soient virils.

Mais qu’en est-il des États-Unis ? Là-bas, la politique publique fait en sorte que les riches continuent à s’enrichir tandis que les pauvres s’appauvrissent et la classe moyenne est … eh bien … déclassée. Si ce genre de politique publique vous semble autodestructrice, c’est probablement parce que c’est le cas. Chaque fois qu’il lui est permis de suivre son cours, les résultats de cette politique sont épouvantables. C’est le cas en particulier pour les riches qui ont continué à s’enrichir, dont les cadavres finissent par décorer des réverbères et dont le jet artériel ajoutera une touche de couleur aux places de la ville. Mais avant même que n’arrive cette inévitable fin de partie, la société s’effondrera, car elle aura abandonné et consommé ses jeunes.

C’est ce que nous voyons déjà aux États-Unis : la génération née à l’aube du XXIe siècle ne s’en tire pas aussi bien que celle de ses parents. Les jeunes sont lourdement endettés ; ils ne se marient pas ou n’ont pas d’enfant ; ils n’achètent pas de maison. Pour ainsi dire, ils sont abandonnés par l’économie. Ils peuvent travailler pour quelques missions en indépendants ou dans des emplois à temps partiel, pour avoir un peu d’argent de poche, mais la tâche de maintenir un capital, sans parler de le former, est au-delà de leur possibilité. Et quand le nouveau capital ne se forme pas et que le vieux capital n’est plus maintenu, le capitalisme meurt (comme dans le socialisme, ou tout autre −isme que vous pouvez imaginer).

Les jeunes hommes, en particulier, considèrent qu’il est beaucoup plus satisfaisant de boire de la bière et de jouer à des jeux vidéo que de lutter contre un système qui les combat à chaque étape de leur vie. L’idée de la paternité, que les féministes ont reformulée pour lui faire dire « beaucoup de responsabilités et pratiquement aucun droit » n’est pas attrayante pour eux. Et s’ils n’ont aucun besoin d’enfants, quelle utilité peuvent-ils éventuellement trouver dans leurs parents ? L’idée que ces jeunes vont assumer le fardeau de payer les retraites de leurs parents est absurde ; Si les jeunes ne réussissent pas bien, alors les personnes âgées vont aussi en pâtir.

Maintenant, on pourrait penser qu’au moins quelques-unes des personnes plus âgées et plus riches, ici et là, pourraient réaliser cela et faire quelque chose à ce sujet ; après tout, ils ne peuvent pas tous être si complètement stupides. Eh bien, je pense que ce n’est pas une question d’intelligence ; c’est une question de sensibilité. Les gens riches ne sont pas des gens normaux, ce sont des « pleins aux as ». Et les « pleins aux as » ont une logique propre : je l’appelle « la logique des pleins aux as ». Cette logique dit qu’avoir plus d’argent est toujours bon, avoir moins d’argent est toujours mauvais, et donc tout le monde devrait faire tout son possible pour s’assurer d’avoir toujours plus d’argent. Si cela nécessite de transformer la Terre en un désert pollué, radioactif et sans vie, qu’il en soit ainsi. Si cela signifie que la prochaine génération ne se reproduira pas, c’est bien. Celui qui meurt avec le plus de bitcoins (ou peu importe la monnaie à la mode) gagne.

Comme l’a dit un jour l’auteur Victor Pelevin : « Tout s’est bloqué autour de l’argent et l’argent s’est bloqué sur lui-même. » Des mots plus vrais ont rarement été prononcés. Après tout, vous ne pouvez rien faire sans dépenser de l’argent. Et pour dépenser de l’argent, vous devez le gagner en premier. Et vous devez avoir de l’argent pour gagner de l’argent. C’est ce que nous enseignons à nos enfants, avec « Il n’y a pas de repas gratuit » et d’autres homélies de ce genre. « Ne quittez pas votre travail actuel »  disons-nous s’ils veulent se lancer dans la musique ou les arts, avec le « Comment pensez-vous que vous gagnerez votre vie avec ça ? »

Regardons les choses en face : les « pleins aux as » ne peuvent pas aider en agissant comme des « pleins aux as » conformément à la logique des « pleins aux as ». Mais beaucoup d’entre eux sont effrayés, pensant que cela finira mal pour eux. Beaucoup d’entre eux se rendent compte que cet argent qu’ils ont accumulé n’est que du papier cul ou des nombres à l’intérieur d’ordinateurs, et que pour conserver la réalité de la valeur de cet argent, ils ont besoin de tout contrôler. Mais que se passe-t-il si ce contrôle leur glisse entre leurs doigts ? Combien vaudra cette montagne de rien alors ? Heureusement, il y a quelques professionnels pour les aider. Je les appelle des chuchoteurs des « pleins aux as ». Comme ces gens qui peuvent apaiser les chevaux nerveux, ces professionnels excellent à calmer les angoisses des « pleins aux as ». Vous pouvez même survivre à un  Armageddon financier, leur disent-ils. Vous avez juste besoin de beaucoup d’or, d’armes et de quelques seigneurs de la guerre de votre côté. Votre jet privé est prêt à vous évacuer vers votre île paradisiaque privée. Des petites choses comme ça. Tout est sous contrôle, vous voyez. Grâce aux efforts des chuchoteurs des « pleins aux as », il peut s’avérer que certains de ces « pleins aux as » les plus rusés n’auront pas de problème, quoi qu’il arrive.

Mais tout les autres auront un problème, et ici la logique des « pleins aux as » ne va pas les aider. La logique des « pleins aux as » peut fonctionner pour les gros « pleins aux as », mais elle est aussi séduisante même pour le plus petit sac plein de nickels. Après tout, même le plus petit tas de nickel pourrait gagner à la loterie un jour … Mais qu’est-ce qui, selon vous, sera le plus utile : un sac sans valeur, rempli de nickels, ou des jeunes gens indépendants et prospères qui sont à vos côtés ? Peu importe que cela soit utile : ce n’est certainement pas un sujet de fierté que les Américains les plus âgés et les plus riches soient si épouvantables envers leurs jeunes au point que beaucoup d’entre eux pensent qu’ils ne pourront pas un jour se marier ou avoir des enfants. La plupart d’entre eux ont déjà abandonné, d’une façon ou d’une autre. Pour avancer sur leur propre trajectoire indépendante, ils ont besoin d’une avance : un capital de départ. Et qui a ce capital ? Les personnes âgées.

Vous savez, il y a des choses qui pourraient être faites à ce sujet. Par exemple, Greg Jeffers vient de lancer une initiative en faveur du « homesteading ». Et je continue mon initiative de construire des péniches familiales abordables (pour aider les jeunes familles à contourner les prix et les loyers immobiliers scandaleux). Ce ne sont que des exemples. Mais rien de tout cela ne marchera à moins que certaines personnes plus âgées et plus riches puissent être persuadées de lâcher un peu de leur richesse, bientôt sans valeur, pour commencer à investir dans de jeunes familles.

Dmitry Orlov


Puis il enchaine avec cet article sur les communautés que j’avais affiché lors de la porte-ouverte de juin.


Communauté : le dernier chapitre

Par Dmitry Orlov – Le 7 décembre 2017 – Source Club Orlov

Si vous éliminez les usages courants du mot « communauté », tous ceux qui ne sont manifestement pas liés à la communauté, comme « communauté internationale » (un euphémisme boiteux) ou « relations communautaires » (synonyme de « relations publiques ») ou « centre communautaire » (synonyme de « maison de quartier »), à peu près tout ce qui reste, c’est « communauté de retraités ». Il y en a plus de deux mille aux États-Unis, avec près d’un million de résidents.

En comparaison, les « communautés intentionnelles », y compris les éco-villages, les monastères, les communes, les BAD de survivalistes, les kibboutzim, les ashrams, etc. sont plutôt des boutiques, avec un aspect fortement idéologique, pour exprimer des aspirations plutôt que d’être de nature pratique. Mais mises bout à bout, elles représentent plus ou moins tout le paysage des « communautés » du monde développé. Et toutes sont des cas dégénérés.

La première cause de cette dégénérescence est une contradiction interne fondamentale. Mis à part, pour le moment, les différentes expériences de « communauté intentionnelle », la raison pour laquelle les gens rejoignent les communautés de « retraités » tient au fait qu’ils veulent avoir le beurre et l’argent du beurre. Il en coûte généralement pas mal d’argent pour y avoir une place, et les gens qui peuvent se le permettre sont en général ceux qui ont été actifs dans leur vie professionnelle, ayant participé durant leur vie à LA société plutôt qu’à une communauté, et ils ont amassé un peu d’argent dans le processus. S’ils ont eu des enfants, ils les ont aussi envoyés dans le grand monde ou se sont en grande partie détournés d’eux, ayant peu à leur offrir une fois les avoir vus atteindre l’âge adulte.

Et puis, à un moment donné, ils réalisent qu’ils ne peuvent plus se débrouiller seuls dans ce monde, qu’ils deviennent de plus en plus solitaires et isolés alors que leurs amis vieillissent et meurent, et c’est à ce moment-là qu’ils décident de vendre LA « société » pour acheter une « communauté  ». Ils ont passé une grande partie de leurs années productives à rivaliser entre eux dans le monde individualiste des affaires privées et de la bureaucratie publique, sapant et détruisant l’idée de communauté. Mais en devenant vieux et fragiles, ils essayent d’acheter leur chemin vers la « communauté », qui doit être synthétisée ex nihilo en utilisant leur pouvoir d’achat.

À son tour, le pouvoir d’achat de leur épargne-retraite doit être maintenu en faisant en sorte que les jeunes générations continuent à miner et à détruire cette idée de « communauté » en étant actifs dans le monde individualiste des affaires privées et de la bureaucratie publique, générant cette croissance économique et la montée des prix des actifs financiers qui sous-tend la valeur de l’épargne-retraite.

Je doute fort que mettre en lumière ce point fondamental, à savoir qu’il n’est pas possible de créer une « communauté » en sapant les valeurs communautaires par l’individualisme, aurait du sens pour beaucoup d’entre eux. Certains d’entre eux se rendent compte que l’ensemble de leur système économique s’effondre – la croissance économique est en grande partie bloquée (à l’exception de certaines bulles financières) – et leur épargne-retraite est de plus en plus menacée. Mais ils n’ont aucune idée de ce qu’il faut faire, et il est probablement trop tard pour qu’ils essaient de faire quoi que ce soit à ce sujet. (Ou pas ? C’est une question qui mérite d’être méditée).

La deuxième cause de cette dégénérescence est la nature dégénérée des communautés en question. Pour être durable à long terme, une communauté doit inclure plusieurs générations et faire spécifiquement de la place pour les enfants qui y naissent ; elle doit pourvoir aux besoins de ses individus, y compris le gîte et le couvert, le savoir et l’éducation, la camaraderie et le divertissement, mais encore la sécurité ; et elle doit avoir le sens de sa propre identité, de son histoire et de son destin, séparés de la société environnante. J’ai décrit ces propriétés en détail dans le livre « Communities that Abide ». Une communauté de retraités est essentiellement un tapis roulant qui prend les personnes âgées et les expédie vers la tombe. Ce n’est certainement pas viable ; pas plus qu’une communauté qui ne parvient pas à se reproduire et à maintenir ses effectifs en ayant suffisamment d’enfants et en les conservant dans la communauté.

Les communautés viables ne peuvent être formées sans un ingrédient clé : des personnes capables de les organiser. Elles doivent être compétentes dans plusieurs domaines, et suffisamment d’entre elles devraient être en âge de procréer et prêtes à donner naissance à des enfants et à les élever. C’est déjà un premier impératif. Le succès d’une société repose généralement sur le fait d’être confiné à un certain silo professionnel, ce qui ne produit pas des personnes compétentes en dehors de ce silo. En outre, au moment où la plupart des gens réalisent que faire partie d’une communauté réelle serait une bonne idée, ils ont déjà « vieilli ».

Mais ce n’est pas tout. Ils devraient également être spécifiquement capables d’un profond acte de soumission, celui de subordonner leurs intérêts individuels à ceux de leur communauté, alors qu’ils ont été élevés dans le mythe de l’individualisme forcené. Ils sont rarement capables d’une telle action même dans le contexte du mariage, sans même penser à un groupe plus large.

Ils doivent aussi être capables de faire confiance aux gens plutôt qu’aux institutions impersonnelles et bureaucratiques. Cela s’avère également difficile : la plupart des gens préfèrent faire confiance aux banques, qui les volent tous les mois, ou aux gouvernements, qui les volent chaque année à l’heure des impôts, plutôt qu’à des groupes de personnes qui probablement ne vont jamais les voler (sauf s’ils sont tous très malchanceux). Certains d’entre eux préféreraient faire confiance à des algorithmes anonymes. (Au moment où j’écris ceci, NiceCash vient d’être piraté et a perdu 62 millions de dollars en Bitcoin. On pourrait penser que cela va ralentir quelques-uns des lemmings-Bitcoin, mais non, ils se ruent vers la falaise aussi rapidement qu’avant).

Enfin, pour former des communautés, les gens doivent être capables de surmonter un problème d’image. Grattez un « individualiste forcené  » et ce que vous trouvez inévitablement, c’est un esclave du salariat ou un zélote du gouvernement ; dans les deux cas, c’est une personne tenue en laisse, un esclave, quoi. Mais la plupart des gens préfèrent l’esclavage aux deux seules alternatives : être paysan ou être nomade (les paysans ont besoin de terres, pas les nomades).

Ce sont les deux schémas de base des communautés que je retrouve dans mes recherches et qui sont décrites dans mon livre : les Roms (Tsiganes) sont des nomades ; les anabaptistes (Amish, Mennonites, Hutterites) sont des paysans. Mais ce n’est un problème qu’au tout début, parce que ceux qui appartiennent à des communautés viables, quand ils considèrent qui ils sont, ne voient plus les individus ; ils voient la communauté dans son ensemble, et le tout est beaucoup plus grand que la somme de ses parties et peut être imprégné d’une sorte de dignité dont aucun individu, si souverain qu’il soit, n’est capable.

Revenons à la question de savoir ce que l’on peut faire… Supposons que vous soyez soit trop vieux, soit trop peu polyvalent dans vos compétences, soit incapable de vous séparer de vos habitudes « individualistes » inculquées par la culture environnante, soit incapable de surmonter ce problème d’image et que vous pensez toujours que devenir un paysan ou un nomade est une humiliation ou même tout ce qui précède à la fois… Et en supposant que vous voyiez le plan économique partir en quenouille tout autour de vous et que vous estimiez qu’avoir des communautés viables autour de vous serait une très bonne idée… Qu’y a-t-il à faire pour vous ?

Eh bien, en supposant que vous ayez de l’argent, alors le mieux que vous puissiez faire est d’investir votre argent pour résoudre ce problème ; pas pour votre propre bénéfice, ou même pour le bénéfice de vos enfants, si vous en avez, mais pour aider ceux qui sont capables de former des communautés, et qui sont prêts à essayer. Car, après tout, le point de départ de toute communauté est de faire passer les intérêts des autres avant les vôtres.


Pour finir, les conseils et observation de celles qui durent… Tout est intéressant dans cet article… mais à repenser dans notre situation.

Les XIII Commandements des communautés qui durent

La liste suivante de… euh… commandements a été dressée en regardant fonctionner beaucoup de communautés différentes qui durent. Elle ne dépend pas du type exact de communauté : patriarcal ou prônant l’égalité des droits et responsabilités des hommes et des femmes, religieux ou athée, sédentaire, migrateur ou nomade, qu’il s’agisse d’agriculteurs ou de saltimbanques, de gens respectueux de la loi ou de hors-la-loi, de personnes très instruites ou d’analphabètes, qu’elles soient strictement traditionalistes ou poly-amoureuses, végétaliennes ou omnivores…

Ce large éventail devrait vous permettre d’écarter toute crainte que la communauté que vous envisagez de former ou de rejoindre puisse se passer de suivre ces commandements. Étant donné le très large éventail de variations entre les communautés que j’ai examinées, trouver une correspondance exacte avec celle que vous êtes susceptibles d’aimer est, d’une part, extrêmement improbable et, d’autre part, complètement hors de propos pour découvrir les traits communs qui sous-tendent leur succès.

Leur seul point commun est qu’elles ont toutes des enfants, qu’elles les élèvent et les acceptent dans la communauté en tant que membres adultes. Ce sont des communautés biologiques qui fonctionnent comme de minuscules nations souveraines, et non des institutions sociales à sens unique auxquelles les gens se joignent et où ils meurent, telles que les monastères, les maisons de retraite, les hospices et les cultes du suicide. La différence est que si les premières durent, pendant parfois de nombreuses générations, les secondes ne le font pas. C’est un résultat empirique, pas théorique, et donc il est très difficile d’en débattre selon son idéologie ou ses goûts.

Les XIII Commandements des communautés qui durent

I. Vous ne devriez probablement pas vous rassembler de gré ou de force et former une communauté à partir des gens qui se trouvent juste à proximité, qui n’ont pas grand chose à faire ensemble et qui se sentent libres de partir dès qu’ils sont ennuyés ou que ça cesse d’être amusant. La communauté devrait être fondée comme un acte conscient, délibéré et manifeste de sécession de la société dominante, un événement historique important transmis à travers l’histoire et commémoré par une chanson, une cérémonie et une reconstitution historique. Un événement classique est celui où les membres fondateurs abandonnent toute propriété privée, la rendant commune, lors d’une cérémonie solennelle, au cours de laquelle ils prennent de nouveaux noms et se saluent par leurs nouveaux noms de frères et sœurs. Les membres fondateurs devraient être rappelés et vénérés pour leur acte courageux et généreux. Cela fait de la communauté une entité auto-consciente et synergique avec une volonté propre qui transcende les volontés de ses membres individuels.

II. Vous ne devriez probablement pas piéger les gens au sein de la communauté. L’adhésion à la communauté devrait être volontaire. Chaque membre doit avoir une garantie de pouvoir partir, sans poser de questions. Cela dit, faites tout ce que vous pouvez pour empêcher les gens de partir parce que les défections sont très mauvaises pour le moral. Une bonne astuce consiste à donner aux gens des vacances quand ils en ont besoin, et un bon moyen de le faire est de lancer un programme d’échange avec une autre communauté similaire. Il n’est pas nécessaire d’avoir une garantie totale de pouvoir revenir et être accepté à nouveau, mais cela devrait être généralement possible. Ceux qui sont nés dans la communauté devraient avoir la possibilité explicite, pendant leur adolescence, de se rebeller, de s’échapper, de sortir et de voir le monde et d’y faire leurs expériences, avec la possibilité de revenir, de s’engager et d’être acceptés comme membres à part entière. Quand les gens se comportent mal, la menace d’expulsion peut être utilisée, mais cela devrait n’être considéré que comme « l’option nucléaire ». D’un autre côté, vous devriez probablement avoir des règles pour expulser les gens plus ou moins automatiquement lorsqu’ils se comportent très, très mal, bien que de tels cas devraient être extrêmement rares, parce que permettre à ces personnes de rester dans les parages est aussi très mauvais pour le moral.

III. Vous ne devriez probablement pas continuer comme si la communauté n’avait pas d’importance. La communauté devrait se considérer comme séparée et distincte de la société environnante. Son séparatisme devrait se manifester dans la façon dont ses membres se comportent avec les membres de la société environnante : en tant que représentants externes de la communauté plutôt qu’en tant que membres individuels. Toutes les transactions avec le monde extérieur, autres que l’échange de plaisanteries et une simple conversation, devraient être faites au nom de la communauté. Les étrangers ne doivent pas pouvoir exploiter les faiblesses individuelles ou les différences entre les membres. Pour en obtenir certains avantages, surtout si la communauté est de nature clandestine, les membres peuvent maintenir l’illusion qu’ils agissent en tant qu’individus, mais en réalité ils devraient agir au nom de la communauté en tout temps.

IV. Vous ne devriez probablement pas la disperser à travers un territoire. La communauté devrait être relativement autonome. Elle ne peut pas être virtuelle ou se réunir seulement périodiquement. Il doit y avoir un lieu géographique ou un lieu de rassemblement, avec suffisamment d’espace public, même si le lieu change de temps en temps. La communauté devrait être basée sur un arrangement de vie communautaire qui supplée à toutes les nécessités. Une communauté vivant dans des appartements dispersés dans une grande ville ne va pas durer très longtemps. Si c’est comme ça que vous devez commencer, utilisez le temps dont vous disposez pour économiser de l’argent et acheter des terres. Un mode de vie simple mais suffisant, qui minimise les coûts de logement tout en optimisant la cohésion et la sécurité du groupe, est de fournir à tous les adultes et couples des chambres assez grandes pour eux et leurs bébés, des chambres séparées pour les enfants de plus d’un certain âge et des installations communes pour tous les autres besoins. Cela peut être réalisé en utilisant un grand bâtiment ou plusieurs plus petits.

V. Vous ne devriez probablement pas permettre la privatisation rampante. La communauté devrait regrouper et partager toutes les propriétés et ressources à l’exception des effets personnels. Tout l’argent et les biens venant de l’extérieur, y compris les revenus, les pensions, les dons et même les subventions gouvernementales devraient être versés dans un pot commun, à partir duquel sont affectées les dépenses pour les utilisations communes. Ces usages communs doivent inclure touts les besoins : nourriture, abri, vêtements, médicaments, soins aux enfants, soins aux personnes âgées, enseignement, divertissement, etc. Les membres qui deviennent soudainement riches, par héritage ou par d’autres moyens, doivent avoir le choix : mettre l’argent dans le pot, ou le garder et quitter la communauté. Ce modèle de consommation communautaire est très efficace.

VI. Vous ne devriez probablement pas essayer de résoudre les problèmes par vous-même. La communauté devrait avoir des objectifs et des besoins collectifs explicites. Ces objectifs et besoins ne peuvent être satisfaits que par des actions collectives et non individuelles. Le bien-être de la communauté doit être le résultat d’une action collective, de membres travaillant ensemble sur des projets communs. En outre, ce travail collectif devrait être en grande partie volontaire, et les membres qui en ont marre de certaines tâches ou de participer à certaines équipes devraient pouvoir soulever la question lors de réunions et demander à être réaffectés. C’est génial quand les membres ont de nouvelles idées brillantes sur la façon de faire les choses, mais celles-ci doivent être discutées lors d’une réunion ouverte et exprimées comme des initiatives à poursuivre collectivement.

VII. Vous ne devriez probablement pas laisser les étrangers vous donner des ordres. Il est préférable que la communauté soit la source ultime de l’autorité pour tous ses membres. Il devrait y avoir un code de conduite universellement accepté. Il est bien mieux qu’il soit gardé non écrit et transmis oralement. Le recours ultime, au-delà de la portée de tout système externe de justice ou d’autorités externes, ou de toute autorité individuelle au sein du groupe, devrait être la réunion ouverte, où tout le monde a le droit de parler. Les gens ne devraient pouvoir parler que d’eux-mêmes : toute tentative de représentation devrait être considérée comme un ouï-dire et ignoré. Vous ne devriez probablement pas recourir à des techniques légalistes telles que le dépouillement des votes ou le vote par acclamation. Le débat devrait se poursuivre jusqu’à ce qu’un consensus soit atteint. Pour parvenir à une décision consensuelle, utilisez toutes les astuces pour gagner les voix opposées (potentiellement vociférantes et diviseuses), jusqu’à la menace d’expulsion. Une communauté qui ne parvient pas à un consensus complet sur une décision clé ne peut pas fonctionner et devrait automatiquement se séparer. Mais cela a tendance à être rare, parce que le statut de membre dépend d’eux-mêmes et de mettre les besoins de leur communauté avant les leurs, et l’un de ces besoins est le besoin de consensus. Les décisions prises par consensus en séance publique devraient avoir force de loi. Les décisions imposées à la communauté de l’extérieur devraient être considérées comme des actes de persécution, et contrées par une protestation non-violente, la désobéissance civile, l’évasion et, si les conditions le justifient, par l’organisation d’un exode. Le moyen infaillible éprouvé pour éviter d’être soumis à une autorité extérieure est de fuir, en groupe. Oh, et vous ne devriez probablement pas perdre votre temps à voter, à essayer de vous faire élire, à témoigner devant un tribunal, a intenter des poursuites contre des personnes ou des institutions ou a faire votre devoir de juré.

VIII. Vous ne devriez probablement pas remettre en question la bonté merveilleuse de votre communauté. Votre communauté devrait avoir une autorité morale et du sens pour tout ceux qui la composent. Il ne peut s’agir d’une simple instrumentalisation ou d’un arrangement sans but supérieur dans le fait de vous garder nourri, vêtu, abrité et diverti. La communauté ne devrait pas être traitée de manière utilitaire. Il devrait y avoir une idéologie qui n’est pas contestée mais qui est interprétée comme définissant des objectifs et des normes de comportement spécifiques. La communauté ne devrait pas contredire ces objectifs et ces normes dans la pratique. Elle devrait également être en mesure d’atteindre ces objectifs et de se conformer à ces normes et, ce faisant, de suivre et de mesurer son succès. Les meilleures idéologies sont des systèmes définis circulairement où le système est bon parce qu’il est utilisé par de bonnes personnes, et ces personnes sont bonnes parce qu’elles utilisent un bon système. Puisque l’idéologie n’est jamais remise en question, elle n’a pas besoin d’être particulièrement logique et peut être basée sur une compréhension mystique, la foi ou la révélation. Mais cela ne peut pas être complètement stupide, sinon personne ne la prendra au sérieux.

IX. Vous ne devriez probablement pas prétendre que votre vie est plus importante que la vie de vos enfants et de vos petits-enfants (ou des enfants et petits-enfants d’autres membres si vous n’en avez pas). Si vous êtes vieux et que des remplaçants plus jeunes sont disponibles, votre travail consiste principalement à les aider à prendre le relais puis à les laisser tracer leur route. Essayez de penser à la mort comme aller à la selle, la plupart du temps vous y arrivez (si vous n’êtes pas constipé) ; un jour ce sont vos selles qui vous « animent ». En tant que membre de la communauté, vous ne vivez pas pour vous-même ; vous vivez pour la communauté, en particulier pour les générations futures. Le but principal de votre communauté est de transcender la durée de vie de chaque membre en perpétuant son ADN biologique et culturel. À cette fin, vous devriez probablement éviter d’envoyer vos enfants dans le système d’enseignement public, et le traiter comme un poison mental. Cela a très peu à voir avec l’éducation mais tout avec l’institutionnalisation. En outre, si un enfant est forcé de réciter le serment d’allégeance en classe, cela crée une allégeance partagée, que vous devriez probablement considérer comme inacceptable. Si cela signifie que votre communauté doit consacrer une grande partie de ses ressources à la garde d’enfants et à l’enseignement à domicile, qu’il en soit ainsi ; après avoir fourni de la nourriture, un abri et des vêtements, c’est le travail le plus important.

X. Vous ne devriez probablement pas essayer d’utiliser la violence, parce que cela ne fonctionnera probablement pas. En interne, gardez vos méthodes de contrôle social informelles : ragots, moqueries, réprimandes et mépris, tout cela fonctionne vraiment bien et c’est très bon marché. Toute forme de contrôle formel imposée par la menace de violence est très destructeur de la solidarité de groupe, terrible pour le moral et très coûteux. Vous devriez essayer d’imposer des tabous contre les personnes violentes sous le coup de la colère (y compris les enfants et les animaux). Utilisez l’expulsion comme ultime recours. Lorsque vous traitez avec des étrangers, ne vous armez pas au-delà de quelques armes défensives non-létales, ne soyez pas perçus comme une menace, éloignez-vous autant que possible du radar des autorités extérieures et travaillez pour créer de la bonne volonté parmi vos voisins afin qu’ils s’interposent pour vous. Aussi, assurez-vous d’éviter le service militaire. Si vous y êtes convoqué, vous devriez probablement refuser de porter des armes ou d’utiliser une quelconque force létale que ce soit.

XI. Vous ne devriez probablement pas laisser votre communauté devenir trop grande. Quand elle grandit au-delà de 150 membres adultes, il est temps de faire bourgeonner une autre colonie. Avec plus de 100 personnes, parvenir à des décisions consensuelles lors d’une réunion publique devient beaucoup plus difficile et cela prend beaucoup de temps, ce qui augmente le niveau de frustration lié au processus de consensus déjà lourd. Les gens commencent à essayer de contourner ce problème en cachant la prise de décision au sein de comités, mais c’est incompatible avec la démocratie directe, où personne ne peut être obligé de se conformer à une décision à laquelle il n’a pas consenti, sauf si cette personne est sous le coup d’une décision d’expulsion. Mais la plupart des gens quittent volontairement la communauté avant que ce point ne soit atteint. En outre, 150 personnes correspondent au nombre maximum de personnes avec lesquelles la plupart d’entre nous peuvent avoir des relations personnelles. Si vous acceptez plus de gens, vous finirez par devoir faire face à des quasi-étrangers. Cela va éroder la confiance. La meilleure façon de diviser une communauté en deux moitiés est de tirer au sort pour décider quelles familles resteront et quelles familles partiront. Votre communauté devrait certainement rester en bons termes avec la nouvelle colonie (entre autres choses, pour donner à vos enfants un plus grand choix de partenaires), mais c’est probablement une mauvaise idée de penser à eux comme faisant toujours partie de votre communauté : ils ont maintenant des lois pour se diriger eux-mêmes, indépendantes et uniques et sans obligation de vous consulter ou de parvenir à un consensus avec vous sur toute question.

XII. Vous ne devriez probablement pas laisser votre communauté devenir trop riche. La gratification matérielle, le luxe et les modes de vie somptueux ne sont pas bons pour votre communauté : les enfants vont devenir gâtés, les adultes développeront des goûts de luxe et de mauvaises habitudes. Si jamais les temps changent pour le pire, votre communauté sera incapable d’y faire face. Les communautés qui mettent l’accent sur la gratification matérielle deviennent aliénantes et conflictuelles lorsqu’elles ne fournissent plus les biens matériels nécessaires pour atteindre et maintenir ce niveau de satisfaction. Votre communauté devrait offrir un niveau de confort matériel de base et un niveau de confort émotionnel et spirituel absolument exceptionnel. Il y a plusieurs façons de brûler ces richesses supplémentaires : par des activités de recrutement et d’expansion, par des travaux bénéfiques à toute la société, en soutenant divers projets, causes et initiatives et ainsi de suite. Vous pouvez également dépenser le surplus pour l’art, la musique, la littérature, l’artisanat, etc.

XIII. Vous ne devriez probablement pas laisser votre communauté devenir trop proche de ses voisines. Gardez toujours à l’esprit ce qui vous a fait commencer cette communauté : le fait que la société environnante ne fonctionne pas, ne peut pas vous donner ce dont vous avez besoin et, pour le dire le mieux possible, n’est pas bonne pour vous. Au fil du temps, votre communauté peut devenir forte et réussir, et obtenir l’acceptation de la société environnante, qui peut, avec le temps, devenir trop faible et conflictuelle pour vous opposer une résistance, et même essayer de vous persécuter. Mais votre communauté a besoin d’un peu de persécution de temps en temps, pour lui donner une bonne raison de continuer à sauvegarder cette séparation. À cette fin, il faut contribuer à maintenir certaines pratiques qui aliènent votre communauté de la société environnante juste un peu, pas assez fortement pour les inciter à se montrer avec des torches et des fourches, mais assez pour leur donner envie de rester à l’écart et de vous laisser tranquille la plupart du temps.

Dmitry Orlov

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